La cantine, c’est politique !

En quelques jours, la pétition « La santé des enfants du 18ème sacrifiée au profit de l’industrie alimentaire ? » a récolté plusieurs milliers de signatures. La raison ? Des repas servis aux enfants de qualité moyenne, des menus indigents, sans compter l’absence de goût… Ce nombre de signataires démontre l’évolution profonde de notre société qui souhaite plus de qualité, plus de produits issus de l’agriculture biologique, plus de contrôles, de transparence et de suivis et, au final, (beaucoup) moins de produits industriels.

La mairie du 18e arrondissement de Paris a choisi depuis une vingtaine d’année de supprimer les cuisines présentes dans les écoles, au bénéfice d’une cuisine centrale. Cette centralisation s’est accompagnée d’un délégataire unique, privé, ayant en charge de cuisiner et de livrer les  14 000 repas par jour nécessaires aux  84 écoles de notre arrondissement. A l’époque déjà, le débat avait été virulent face à ce choix marqué par l’industrialisation de la fabrication des repas.

Aujourd’hui, la pétition et le mécontentement des parents montrent que ce modèle, centralisé, touche à ses limites. Pour atteindre nos objectifs en termes de produits issus de l’agriculture biologiques et pour améliorer la qualité des repas servis dans un contexte d’augmentation du nombre de repas à servir, nous nous confrontons à des problèmes structurels : le volume de repas à préparer, un prestataire unique, l’absence de légumerie et la petitesse de la cuisine centrale. Ces quatre aspects freinent l’évolution vers une cantine avec plus de produits frais et « fait-maison ».

A ce modèle du « toujours plus gros », nous devons revenir à un modèle qui intègre pour partie une élaboration des repas décentralisés, au plus proche de là où ils seront consommés. Ce changement doit s’intégrer dans une large réflexion invitant les parents, les acteurs de la restauration, l’éducation nationale, la ville de Paris et les enfants à s’exprimer sur leurs attentes d’une alimentation saine. Des États généraux de l’alimentation locaux permettraient de construire un diagnostic partagé, de dessiner les enjeux,  de réfléchir à des solutions innovantes et une nouvelle gouvernance. Par exemple, des solutions en lien avec des acteurs de la restauration de l’arrondissement pourraient servir de base d’expérimentation pour la fabrication de repas à plus petite échelle.

Cette réflexion doit être large parce que la restauration collective ne se résume à la préparation des repas. Elle concerne aussi l’achat des produits, leur acheminement, l’entretien du matériel de cuisine, l’hygiène et la sécurité, la composition des menus, l’acheminement des plats dans les écoles, le service des repas ou encore l’environnement des salles de restauration. C’est ce défi là dans son ensemble qui nous est posé et pour lesquelles, collectivement nous devons bâtir des réponses.

Alors, faut-il une unique cuisine moderne ou bien plusieurs de plus petites tailles ? Nous ne devons pas nous empêcher de réfléchir à un système hybride associant différents équipements publics et privées de l’arrondissement, avec l’enjeu d’une offre alimentaire égale pour tous les enfants de notre arrondissement.

La cantine est devenue en quelques années un lieu de débats et d’enjeux politiques qui nous concernent toutes et tous. Limitation de la cuisine d’assemblable et industrielle, insuffisance de produits biologiques, alternative végétarienne pour l’écologie et la liberté de conscience, santé des enfants mais aussi soutien à une filière de production locale et biologique et durable**… Soutenir un nouveau modèle de cantine, qui dispense à nos enfants des repas de qualité, bons pour le goût et pour le bien-être, est un enjeu majeur que nous rappelle fort justement cette pétition.

Douchka Markovic et Loïc Lorenzini, co-présidents EELV 18e

**cf nos vœux déposés, et adoptés:
– en 2015 (pour l’augmentation des repas végétarien à un par semaine)
– et 2017 (en faveur de l’alimentation durable au sein de la restauration collective parisienne, comprenant une alternative végétarienne à chaque repas)
Point des avancés au conseil d’ardt du 20 06 2016 par Douchka Markovic, adjointe à l’alimentation du 18e

 

 

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