Objectif baisse des loyers

Intervention de Galla Bridier lors du 1er Conseil de Paris  le 19 mai 2014
(et 1re intervention écologiste):

« Madame la Maire, Monsieur le maire adjoint, chers collègues

Pour mon premier Conseil de Paris, c’est un honneur pour moi que de vous présenter la position du groupe écologiste sur la priorité n°1 qui va être la nôtre pendant les six années à venir : celle d’amenuiser la crise du logement et donc de mener une politique publique du logement et de l’habitat combative, volontariste et innovante.

En guise de mise en lumière, j’ai tenu ma première permanence d’élue en mairie du 18e arrondissement samedi matin. Permanences qui, comme vous le savez, sont largement dédiées à l’écoute des demandeurs de logement, l’explication de leur situation et du système qui peut leur répondre. J’ai reçu 6 familles aux parcours multiples représentant la diversité des besoins des parisiens et des parisiennes et donc la diversité des réponses à donner. Mais, il faut bien le dire, la précarité domine avec encore trop de familles vivant en hôtels ou dans des immeubles insalubres ; des mères seules qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts pour payer leur loyer exorbitant.

Je souhaite tout d’abord vous dire à quel point nous sommes satisfaits des engagements que vous prenez devant nous aujourd’hui, engagements exprimés pendant la campagne, et pour lesquels nous nous attacherons à être les partenaires solidaires et constructifs que nous avons su être sous les deux dernières mandatures, surtout sur cette question.

Comme vous l’avez dit, les douze dernières années ont été décisives dans la politique du logement. Le quota de 20% de logement sociaux, même si inégalement répartis, est atteint. Des quartiers entiers sont sortis de l’habitat insalubre. La Ville consacre plus de 500 millions d’euros par an à cette politique, aucune collectivité ne peut se prévaloir d’un tel effort.

Mais force est de constater que la situation s’aggrave et que les dégâts humains et sociaux causés par la crise sont toujours aussi grands.

Aujourd’hui, après une politique de rattrapage des erreurs du passé et l’accent mis surtout sur le parc social, c’est une nouvelle page qui s’ouvre, une nouvelle page d’une politique qui se doit d’être axée principalement contre la spéculation, pour la régulation et l’emprise sur le parc privé immobilier dans une perspective métropolitaine de la politique du logement.

Nous sommes heureux de voir à quel point le travail sur l’encadrement des loyers mené par René Dutrey ou la Mission d’Information et d’Evaluation sur les modes et méthodes d’attribution des logements sociaux a pu structurer votre feuille de route. Et maintenant, avec à notre disposition la loi ALUR, les conditions sont remplies afin d’aller dans ce sens de la régulation du marché; même s’il nous restera à échanger sur la méthode à chaque étape de la réalisation de votre programme.

Les objectifs sont très ambitieux et nous les soutenons avec force. Je note d’ailleurs l’ambition qui est la vôtre d’aller parfois au delà de ce que fixe la loi.

Vous déclarez vouloir fixer plus bas encore que ne pourrait l’être le loyer médian de référence pour organiser l’encadrement des loyers et la régulation du marché de l’immobilier afin que la loi ALUR « ait un réel impact ». Sur ce dernier point, nous pensons que la fixation des loyers de référence est bel et bien une affaire politique sur laquelle il conviendra que nous revenions dans cette assemblée. Nous serons attentifs à la démarche entreprise. Car il faut le dire clairement, notre objectif doit être de faire baisser les loyers des parisiens.

Nous ne pouvons qu’accueillir avec joie ces ambitions.

Par contre, paradoxalement, certains objectifs sont en deçà des réalités atteignables ou des besoins des parisiens et des parisiennes.

S’agissant de la production de logements sociaux par exemple, nous regrettons le maintien de la répartition 30% de logements PLAI / 40% PLUS et 30% PLS tant celle-ci ne correspond pas à la demande sociale de logement à Paris. Le fichier des demandeurs de logement parisien est composé de 90% de demandeurs relevant des plafonds PLUS.

Il est plus que temps d’adapter ces chiffres à la réalité de l’urgence sociale. Nous continuons de penser que c’est 50% de logements très sociaux, 40% de PLUS et seulement 10% de PLS qu’il faut créer pendant cette mandature.

Cela permettra à tous ces hommes et femmes, ces familles que nous croisons tous les jours à trouver une stabilité sociale, économique qui ne peut qu’être bénéfique pour le bien être général de notre ville.

Car ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre, le logement est la première des sécurités, la première des garanties tant sur les plans social, affectif qu’administratif car sans adresse, cela relève du parcours de combattant de chercher un emploi ou d’inscrire ses enfants à l’école par exemple!

C’est avec plaisir que nous voyons que la politique parisienne du logement va enfin se concentrer pleinement sur les prix et s’attaquer au secteur privé.

Car il ne sera possible de créer du logement conventionné et d’atteindre les chiffres exposés qu’en investissant massivement dans le parc privé.

Nous souhaitons insister et le dire encore une fois dans cette assemblée :
une politique anti – spéculative d’encadrement des loyers comme vous la présentez et la captation dans le diffus que vous évoquez rapidement dans votre vœu pour y faire du logement conventionné sont les deux seuls vrai leviers de la prochaine politique du logement à Paris car déjà il reste peu de terrains à construire et ces derniers ne sont pas forcément dédié à des projets de logements. Il va être désormais plus que nécessaire que les bailleurs sociaux modifient leurs modes de gestion ou qu’une structure ad-hoc soit crée afin de gérer à terme ce parc social disséminé.

Cela sera par ailleurs le seul moyen de parvenir à notre objectif commun de mixité sociale et de non spécialisation sociale de certains quartiers de notre ville.

Enfin, n’opposons pas les classes moyennes aux classes populaires qui vivent les mêmes phénomènes de déclassement et de précarisation face aux problématiques de logement. La régulation du marché bénéficiera à tout le monde en permettant que la part du budget familial dévolue au logement diminue sensiblement.

La baisse du budget logement des ménages parisiens en matière de logement est aussi conditionnée à la baisse des charges énergétiques dont ils s’acquittent de plus en plus péniblement. L’augmentation du prix de l’énergie devenant progressivement socialement inacceptables, les objectifs du plan climat en matière de rénovation thermique des bâtiments s’imposent en effet. De toutes les manières, les objectifs globaux du plan climat ne seront pas atteints sans la rénovation thermique.

Nous sommes satisfaits de la reprise du Plan 1000 immeubles en espérant que ce sont bien les 1000 immeubles les plus prioritaires qui seront ciblés. Il ne fait aucun doute également qu’une convergence des politiques de régulation des prix du marché et d’aides publiques à la rénovation thermique est à travailler si nous ne voulons pas que ces aides ne participent à la spéculation immobilière.

Dans le parc social, nous serons attentifs à ce que la mobilisation des bailleurs continue afin d’atteindre les 4500 logements rénovés par an.

A propos de la question des attributions de logement sociaux: Il y a en effet urgence à rendre le système des attributions plus lisible. Commencer par les attributions du contingent de la ville est un bon début. Cependant, cela ne sera possible que si les nouveaux dispositifs s’appliquent à l’ensemble des contingents de la ville, de l’État, d’Action logement et les contingents propres des bailleurs. Paradoxalement, le demandeur de logement ne sait pas ce qu’est un contingent et se fiche des contingents, il souhaite tout simplement un logement !

Je termine en évoquant la Métropole qui est la grande absente de votre vœu ; mais nous aurons l’occasion d’y revenir ici je l’espère. En effet, d’importantes réflexions vont s’imposer à nous rapidement : quelle politique du logement souhaitons-nous au niveau métropolitain ? Quel avenir pour Paris Habitat ? Quelles politiques d’attribution pour quels territoires ? Nous demandons à ce qu’un débat soit organisé au sein de la ville de paris sur la future politique du logement et de l’habitat au sein de la métropole.

Pour conclure, nous accompagnons les ambitions affichées et veillerons à une véritable baisse des loyers et des charges dans le budget logement des ménages parisiens.

Je vous remercie. »

cf. Dossier Logement EELV94Philippe de Girard

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