« Terrains communs », « division de pleine terre » : le point sur les inhumations parisiennes suite à une « émotion virale » portée en conseil d’ardt par Les Républicains

Reprenant à leur compte le contenu d’une vidéo virale sur Twitter sur le supposé traitement indigne de l’inhumation des « indigents », le groupe LR a déposé au CA du 22 janvier 2018 un vœu opportuniste fondé sur de fausses affirmations. Philippe Durand, adjoint aux affaire funéraires, lui répond:

La rédaction de ce vœu montre une confusion entre les espaces funéraires considérés : le « terrain commun » (gratuit, temporaire et non concédé) et les « concessions funéraires » (payantes et concédées pour une durée au choix de la famille)

Le « carré des indigents » n’existe pas, et le « terrain commun » n’est pas réservé aux « indigents » : tout habitant défunt d’une commune ou toute personne décédée sur le sol de la commune peut bénéficier d’un terrain funéraire non concédé pour 5 ans gratuitement (sans condition de ressources) et non renouvelable.

A Paris, tous les défunts sans ressources ou non identifiés ou dont la famille a demandé un terrain gratuit, sont inhumés au cimetière parisien de Thiais dans des caveaux individuels en béton, au sein de divisions paysagères aménagées dont je vous fais passer les  photos jointes. Vous pourrez ainsi juger par vous-même.  Depuis près de 30 ans, considérant que « toute personne a droit au respect et la dignité jusque après sa mort », la Ville de Paris a ainsi aménagé 1 800 caveaux individuels. Les premiers, construits en 1989, ont été mis en service dès 1991.

La vidéo de M. PAGE, qui a suscité à tort de l’émoi, ne montrait donc pas les « terrains communs » de la Ville de Paris. Certains articles de presse ont rectifié ce point par la suite (mais sans publier de photos du cimetière parisien de Thiais que je vous ai fait passer).  Mme Cécile ROCCA, coordinatrice du Collectif des Morts de la Rue qui accompagne toutes les inhumations de SDF, reconnait d’ailleurs dans le Parisien du 5 janvier 2018 : « … c’est vrai que le terrain de Thiais est bien entretenu… » et note que ce n’est pas le cas de toutes les communes.

La vidéo montrait une division de « pleine terre » au cimetière parisien de  Pantin. Il s’agit de divisions regroupant des concessions funéraires dites de « pleine terre » où les cercueils sont inhumés directement en terre au choix des familles, notamment pour des raisons religieuses,  économiques ou écologiques. Ce ne sont donc pas les concessions des « familles de sans-abri » comme évoqué dans votre  vœu.

La quasi-totalité des sans-abris n’ont d’ailleurs pas de famille et leurs obsèques sont prises en charge par la Ville de Paris, à Thiais, dans un caveau individuel pour 5 ans, ceci gratuitement. Environ 450 personnes sans ressource ou non identifiées y sont inhumées annuellement.

Une concession de pleine terre est une concession funéraire aménagée directement dans le sol, sans construction de caveau et d’une profondeur maximale de 2 mètres. Elle se situe généralement dans une « division de pleine terre » (terrain de 50x50m où sont implantées essentiellement des concessions de pleine terre de 1x2m). Ces divisions de pleine terre sont dites « en exploitation » lors des ventes de concessions. Ce qui était le cas dans la vidéo de M. PAGE.

Comme partout en France, le conservateur du cimetière vend les concessions à la suite les unes des autres. Quelques mois sont généralement nécessaires à la vente de toute (ou une bonne partie) d’une concession durant lesquels les familles continuent d’inhumer leurs défunts.

La pleine terre peut aussi être le lot de concessions rencontrant des inconvénients temporaires dont les entreprises de Pompes Funèbres doivent normalement informer les acquéreurs au moment de leur achat – le cimetière n’ayant, le plus souvent, pas de contact direct avec la famille du défunt. Le conservateur du cimetière parisien de Pantin indique recevoir seulement 2 ou 3 plaintes annuelles de familles qui, non informées par leurs Pompes Funèbres, sont défavorablement surprises de l’aspect des lieux au moment de l’inhumation.

En l’occurrence, le seul qui semble avoir été défavorablement surpris de l’aspect de cette division de pleine terre est M. PAGE, ami du défunt. Le service des cimetières n’a reçu aucune remarque de la famille de ce défunt qui a donc dû être correctement informée de l’aménagement décalé des lieux par son entreprise de Pompes Funèbres.

Voici les raisons qui ont suscité l’émoi de M. PAGE : Les inhumations dans une division de pleine terre entraîne obligatoirement, lors des creusements et rebouchage des fosses funéraires, de nombreux déplacements de terre et passages d’engins de terrassement qui donnent à la division un aspect de chantier de terrassement (tas de terre, boues s’il pleut, allées non aménagées, cheminements défoncés, stockage de boisages d’étaiement…). En effet, malgré les efforts des fossoyeurs municipaux (pose de clayettes, déversement de graviers dans les allées…), l’accès aux sépultures peut être rendu difficile les jours de pluie ou en périodes automnales ou hivernales. La division a forcément un aspect inachevé durant le temps où elle est « en exploitation ».

Cette activité funéraire interdit également tout aménagement de la division en cours d’exploitation par le cimetière (les cheminements seraient aussitôt défoncés par le passage des engins de creusement). Il faut en effet attendre les dernières inhumations et déplacements de terre dans la division pour pouvoir aménager définitivement les chemins, effectuer les plantations d’arbustes, d’arbres et de pelouses qui agrémenteront la division et lui donneront son aspect paysager définitif et agréable.

Par ailleurs, du fait de ces déplacements de terre, le sol n’est pas suffisamment stable pour supporter durablement les cadres et monuments funéraires. Le cimetière qui laisserait des familles aménager immédiatement leur sépulture (pose de semelles, de cadre monolithe, de monuments funéraires, de jardinières…) les exposeraient à la mauvaise surprise de voir leur sépulture pencher du fait de la terre meuble tassée sous le poids de leur monument et de payer une coûteuse « remise à niveau » effectuée par un marbrier funéraire. Aussi, le cimetière demande-t-il aux familles d’attendre 6 à 8 mois que les terres se tassent, avant d’installer leur monument funéraire.

Pour conclure, votre vœu est, de fait, déjà réalisé au cimetière parisien de Thiais  où sont situés les 1800 caveaux individuels constituant les terrains communs qui accueillent dignement depuis 1991 tous les défunts sans ressources ou non identifiés dont la ville de Paris prend en charge les obsèques, avec l’accompagnement systématique, depuis 2003, du collectifs « Les Morts de la Rue » avec qui la Ville travaille en étroite collaboration.

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