Appel à projet d’implantation de ruchers dans les jardins et des cimetières parisiens.

Philippe Durand a présenté lors du conseil d’ardt du 22 janvier 2018 l’appel à projet d’implantation de ruchers dans les jardins et des cimetières parisiens, voté à l’unanimité.

L’objectif de ce plan vise à recréer un milieu favorable aux espèces dites « sauvages » et que personnellement, je nomme naturelles, en contribuant à leur retour et leur maintien dans la capitale.
L’arrêt des produits phytosanitaires, des pesticides, de la plantation de plantes indigènes, de la gestion des fauches etc. commencée en 2001, a contribué au retour de l’implantation de ruchers. Actuellement le nombre de ruches parisiennes est estimé à 700.

Dans cet appel, 17 sites sont proposés : 14 jardins dont 1 hors-les-murs et 3 cimetières (Le Père Lachaise, et extra-muros, le cimetière des Batignolles et le cimetière d’Ivry). Dans le 18e , le site retenu est le square Charles Hermite – j’avais aussi proposé le cimetière La Chapelle, derrière la cité bien nommée Valentin Abeille…

Les sites choisis tiennent compte des ressources nectarifères, des ruches actuelles et de la présence des nombreux pollinisateurs naturels, acteurs de la biodiversité.

Il est prévu d’implanter une cinquantaine de ruches (8 % des ruches actuellement estimé).

L’installation de ruches en ville participant également d’un effet de mode, il faut être prudent et veiller à ce que les abeilles domestiques, habituellement choisies, ne contribuent pas à l’appauvrissement de la biodiversité en empêchant les autres pollinisateurs de manger. La préservation de la biodiversité impliquant des ressources partagées pour tous, supposerait, pour continuer à développer des ruches, d’étendre la végétalisation. Il n’est donc pas opportun d’accueillir de nouvelles populations d’abeilles domestiques dans les 9 premiers arrondissement de Paris dont les ruches déjà installées (par la ville sur le domaine municipal, ou par d’autres acteurs privés et associatifs) en accueillent déjà.

Les nouvelles abeilles devront être issues de l’espèce Apis Mellifera, communément dénommée Abeille Noire. Soigneusement sélectionnée par des générations d’apiculteurs, cette population « locale naturelle », adaptée à son environnement parisien et francilien grâce à sa résistance hivernale et sa rusticité hors pair, concourt à une apiculture responsable.

En effet, en raison de la mode des « ruchers » et de la pression commerciale, des abeilles hybrides sont importées soit sans contrôle sanitaire d’Europe Centrale ou de Chine, soit totalement inadaptées au milieu urbain, comme « l’hybride absolu », « l’abeille parfaite » du Frère Adam, la Buckfast ou ses avatars.
La Buckfast est une superbe machine à produire du miel (comme, chez les vaches, la Holstein), élaborée pour se multiplier en populations « pures » et protégées, dans des régions vidées de toutes autres espèces. Les rétro-hybridations sont redoutables comme le savent tous les généticiens, et à Paris, les ruchers, très proches les uns des autres, rendent impossible tout contrôle des fécondations des reines lors des vols nuptiaux : dès le 1er essaimage, on obtiendrait donc « n’importe quoi » !

Les nouvelles ruches devront donc impérativement accueillir la seule abeille noire.

L’appel à projet sera lancé mi-février pour se clôturer fin mars. Puis un jury associant les Maires d’arrondissement désignera le projet lauréat pour chaque site.
Les lauréats signeront une convention d’occupation et d’affichage du visuel « Miel de Paris » sur leur pots de miel et supports de communication.
En amont, la Ville réalisera des travaux d’aménagement, principalement pour isoler les ruchers et orienter la trajectoire d’envol des abeilles afin de protéger les usagers des sites. Les travaux, estimés à 6000 €/site, seront d’une enveloppe globale de 102 000€ TTC.

Avant de vous inviter à voter, je reviendrai brièvement sur l’histoire des abeilles à Paris.

En effet, Paris a déjà connu beaucoup de ruches, oui mais… A la fin du XIXe siècle, Paris, à la fois très dense et très vert, ne connaît pas la voiture automobile: c’est encore le royaume des chevaux et du fumier. Paris est peuplé d’ouvriers dont de nombreux paysans provinciaux, mais aussi d’immigrés européens venus s’agglutiner dans un Paris surpeuplé et très insalubre… Ils travaillent dans les usines, les fabriques et les ateliers. Si les transports, dont le chemin de fer, sont suffisamment développés pour permettre ces déplacements « migratoires », ils ne le sont pas assez pour permettre l’approvisionnement alimentaire journalier de la capitale. Une grande partie de la nourriture fraîche, des légumes et fruits, nécessaires à l’alimentation des citadins, est produite sur place ou dans la périphérie immédiate des « maraîchers », encore nombreux. Tous ces fruits et légumes sont cultivés sans aucun engrais chimique ni pesticides (sauf le soufre) – ils ne seront inventés que pour écouler les stocks de la guerre de 14.

Or, tous ces jardins, maraîchers et potagers familiaux, vergers fruitiers, s’accompagnaient de ruches. Le sucre était une denrée rare et chère, et le miel était le sucre des classes populaires et des prolétaires. Les jardins populaires assuraient aussi les sources alimentaires traditionnelles : poulaillers, petit élevage, étables … Mais chacun n’a pas sa ruche. En 1895, le célèbre Préfet Lépine recense entre 1500 et 1800 ruches dans Paris (intra-fortifications, ou dans les limites actuelles).

Au fur et à mesure du XXe siècle, avec l’urbanisation grandissante, les maraichages et leur corollaire, les ruches, vont peu à peu disparaître. En conséquence de l’urbanisation et de la disparition des jardins alimentaires, le nombre de ruches chutera à 200 ruches dans les années « Pompidoliennes » du modernisme triomphant. Seuls subsisteront pratiquement les ruchers institutionnels (Luxembourg (SCA), Opéra…) et les ruchers de Congrégations religieuses.

Sous l’impulsion de quelques écolos, les années 90 puis 2000 verront un retour progressif et raisonné des ruches dans Paris, puis à partir de 2001 avec l’arrivée de Bertand Delanoë, et sous l’impulsion des Verts, les ruches vont se développer. En 2008-2009, leur nombre était estimé autour de 300 à 350 ruches (ou colonies d’abeilles mellifères). Elle est aujourd’hui de 700, voir plus selon certaines estimations.

Je remercie Gilles Roux pour toutes ces précisions historiques sur les ruches à Paris

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